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22 / 09 - 10:00AM (UTC+2)
Readings presented by LEGS ÉDITION (Haiti) - 2026 edition
« Lettre à Manuel, Jeanne et Sarah » dans …des hommes et des ombres, de Franz Benjamin
Dans La lettre au père, Franz Kafka fait le procès d’un homme – un tyran – qui lui a inspiré la terreur durant toute son enfance. Il a donc vécu en reclus, fermé sur lui-même, sans pouvoir vraiment s’épanouir et profiter de la vie. Cette lettre, jamais remise à son destinataire, traduit tout le regret et le désarroi d’un fils dont l’enfance est ruinée pour avoir été prisonnier d’un sentiment d’infériorité et de rejet de soi. Ce texte, d’une violence rare, se présente comme un règlement de compte et raconte, sans fard, la douleur du fils et ses relations sulfureuses et orageuses avec le père. …des hommes et des ombres ne s’inscrit pas dans ce cadre-là. Ce n’est nullement un livre d’étude de comportements, ni de jugement de valeurs ou des rapports au sein de la structure familiale.
Le prétexte ici étant de mettre en relief le rapport au père. (D)Écrire le mode de filiation, la distance ou les liens, l’héritage symbolique et la construction de soi à travers la figure paternelle, tel est donc l’objectif principal. Les correspondances, les liaisons et/ou re-présentations découlées de l’image véhiculée au sein de l’univers parental sont souvent le produit d’une certaine complexité constituant elle-même une sorte d’impasse du « processus de subjectivation pubertaire ». Lever le voile sur ce côté caché de soi, voilà de quoi revenir sur ce monde oublié pour mieux appréhender l’avenir. Nous avons tous entretenu un quelconque rapport avec le père – qu’il soit affectif, conflictuel, autoritaire ou harmonieux. Ce sont ces petits moments de bonheur qui ont bercé notre adolescence, ces instants de folies qui ont illuminé nos matins et ces saisons douloureuses qui ont hanté nos rêves en temps d’enfance. sociétés.
Des écrivains racontent, (se) dévoilent et ré-inventent ici et là leur relation au père. …des hommes et des ombres, treize récits qui proposent de nouvelles formes de (ré)appropriation de l’image paternelle dans la littérature haïtienne.
Lecture par Micaëlle Charles
« Plus jamais votre pâle copie » dans Indécences, de Négresse Colas
Récit des corps blessés, souillés et déchirés, Indécences dit le sanglot de tous ces individus, hommes ou femmes, vivant avec un corps troué, pétri ou même morcelé par une main désobligeante. Ces neuf nouvelles de neuf plumes fraîches pointent, chacune du doigt, le ver qui ronge le fruit, l’arme enfoncée dans la chair et qui déchire le corps, mais que souvent l’on évite de toucher par peur de faire mal à un proche ou de causer du tort à autrui.
Neuf récits. Neuf nouvelles voix qui, par ce premier acte d’écriture, cherchent à se cantonner dans le paysage littéraire haïtien. Chacune de ces voix se démarque, se distingue et se différencie des autres dans sa manière d’inscrire le réel dans les limbes de la fiction, de dé-construire les mythes, de trans-gresser les impératifs et les codes de représentation dominants qui ne débouchent que sur la (re)production de la violence, la vulgarisation et la pérennisation des discours discriminants, vulgaires, dés-humanisants, et individualistes dans les sociétés.
Lecture par Négresse Colas
Le Livre d’avant-hier soir, de Syto Cavé
Lire la poésie de Syto Cavé, c’est s’aventurer dans un univers onirique et figuratif qui, au détour du regard, reconstitue le monde du vivant par la magie du symbole et des réminiscences. Jamais une poésie n’a eu autant d’empreintes sur les corps, de signes pour ponctuer le temps et de traces sur la page pour préserver la mémoire. Un voyage passé-présent qui reconstitue le vécu du poète. Entre écriture mémorative et poésie dramatique, Le livre d’avant-hier soir est un vaste champ de souvenirs, d’actes manqués, de regrets, de suppliques au temps, d’amours et de songes et surtout le chant d’une altérité partagée.
Le livre d’avant-hier soir de Syto Cavé n’est autre qu’une poétique d’exploration des territoires subjectifs et la sublimation d’un désir ou d’un vécu personnel en chant universel.
Lecture par Wébert Charles
Port-au-Prince de soufre et de sang, de Soucaneau Gabriel
Un photographe assassiné à la machette, une étudiante retrouvée morte chez son petit ami, une Française travaillant dans l’humanitaire qui rend l’âme dans sa baignoire, une adolescente vierge étranglée par son amant, un agent de police tiraillé par le poids de sa sexualité qui tire sa jouissance dans la souffrance de l’autre…
Des histoires de meurtres, presque parfaits ou tout à fait. Des scènes d’amour qui trompent. Les cinq nouvelles de Port-au-Prince de soufre et de sang décrivent une ville bouillonnante et passionnante, mais qui n’échappe pas au malheur. Les histoires mettent en scène une série de personnages en proie avec leurs propres démons. Face au dégoût de la vie, des êtres et des choses, chacun cherche des motifs de vivre pour combattre sa solitude et noyer son désespoir.
Lecture par Soucaneau Gabriel